L'atelier d'Emilie Dumas

Maison de l'inachèvement, Emilie Dumas
Maison inachevée
(60x60. Acrylique et gouache sur toile, 2007)


La perspective animée d'Emilie Dumas

  Emilie Dumas revient souvent sur la motivation première de sa peinture : tenter de résoudre un problème d’école, lorsqu’elle s’efforçait d’appliquer les codes de la perspective à un espace exigu, sans ligne de fuite à l’horizon. Or cet enjeu, pris à la lettre, qualifie aussi nos conditions d’existence, et c’est pourquoi ses tableaux nous émeuvent.

  Emilie peint le creuset, on dirait qu’elle peint la courbure même de l’œil qui est peut-être la cause de notre malaise dans l’architecture linéaire. Les lieux de résidence sont ceux d’une question non réglée, intenable, qui fait vaciller. Mouvement d’appui sur un objet, avec la conscience en périphérie.

 Je ne me sens pas « à la maison » (je ne suis pas dans mon assiette). Mon malaise habite où je vis, mon incapacité à faire avec les angles du vide.

 La perspective est le personnage principal des tableaux d’Emilie Dumas. Il n’y a d’ailleurs pas d’autre personnage animé dans ses tableaux (même les arbres semblent émiettés).

 Comment en irait-il autrement ? Ces lignes droites qui courent vers le néant, classiques ou renaissantes, sont proprement vertigineuses. Ce sont des rampes à dévitaliser, des rambardes jetées dans le cauchemar de l’infini pour toute forme de survie.

  Pour Malcolm de Chazal (inventeur de la perspective tournante et de la pensée en carrousel) le monde doit être remis à échelle humaine afin que la conscience en reçoive des signes, puisse y lire à nouveau.

  Emilie Dumas montre l’impossible compromis entre les lieux qui nous sont imposés (avec les outils qui segmentent nos perceptions) et le vertige, le vacillement, presque l’évanouissement intime. Ce flottement s’inscrit de lui-même lorsqu’elle entreprend d’en décrire le décor.

 Malcolm de Chazal aurait sans doute reconnu une peinture du subconscient (où les opposés s’épousent), une peinture-fée. 

  Atelier de Saint-Maur-des-Bois, Emilie Dumas


L'atelier de Saint-Maur-des-Bois, vu par dessous
(60x50. Acrylique et gouache sur toile, 2007)


 Certains surréalistes suscitent l’étrange par la redistribution des attributs d’une image (Magritte, Chirico). Edward Hopper place ses personnages dans des lieux ordinaires sous une lumière clinique qui semble interdire tout échange.

 Dans la jeune peinture d’Emilie Dumas (qui m’évoque en partie ces sources), l’étrange ne se montre pas car il est le principe actif, le sens plastique.

 Le tableau n’interroge pas, il est fruit de stupeur.

 Sous les apparences d’un réalisme mutique, sa peinture est cosa mentale.

                                                                          Eric Meunié


Nuit sur le lac à venir, Emile Dumas
Nuit sur le lac à venir
(80x80 Acrylique et Gouache sur toile, 2006)