LES LIMITES DE LA PROPRIETE

Publié le par L'AME

PUBLICATION

 

CAHIER DU REFUGE n° 207

Centre International de Poésie Marseille

cip.M février 2012

Actualité de L'absolu manifeste, La sphère barbelée

 

LA SPHERE BARBELEE

 

Nous vivions en ville.

En 1982, nous avons créé l’Absolu ManifestE (L’AME), revue poétique au format changeant et à la périodicité libre, concept ouvert (l’absolu manifeste, et non pas le manifeste de l’absolu) pour comprendre le monde qui nous comprend.

Mais que l’art et l’écriture soient relégués dans un cadre prévu à cet effet, accroché aux murs des Bourgeois que nous aurions aimé ne plus servir, faussait la perspective et reconduisait tout élan dans le même système stérile, sans alternative.

Nous avons donc longtemps cherché un lieu où l’espace et le temps seraient devant soi, vierge comme une toile peinte par la nature, dont nos tableaux d’expérimentation feraient la légende. Un lieu d’apprentissage, de méditation, tout l’inverse d’une résidence secondaire.

En 1992, nous avons pu établir notre association sur un territoire normand de sept hectares pentus, quasi alpins, déployant à l’horizon des crêtes étagées, et en contrebas les sinuosités d’une vive et rêveuse rivière.

Sur ce site, nos activités communes et respectives ont changé sensiblement de nature. L’intuition poétique est un outil qui ne produit pas uniquement des poèmes.

 

Or, par une curieuse figure du destin, c’est sur notre site, à travers et par-dessus nos têtes que l’État a décidé d’implanter l’autoroute électrique d’un double circuit de lignes à très haute tension (400 000 volts). Le tracé a été décrété autoritairement et dans le déni de toutes les valeurs écologiques qui fondent notre existence et nos activités dans ce lieu depuis vingt ans.

 

En effet, nous savons que les surpuissants champs électromagnétiques d’extrêmement basse fréquence altèrent gravement le métabolisme des cellules vivantes, et que seul le commerce nucléaire en amont justifie d’imposer aux riverains un pareil poison.

Au bout des lignes, un réacteur si peu sûr et si coûteux qu’il fait l’objet de nombreux rapports alarmants, symbolise par excellence une politique de monopoles industriels, qui n’ont cure des pollutions irréversibles que leurs profits provoquent.

 

En temps de paix, l’artiste peut bien permuter des formes, et observer quelle sorte d’épaisseur ou d’obscurité en procèdent. En temps de peur, d’angoisse et de guerre, il utilisera ses techniques acquises, ses outils pour conjurer ce qui vient de l’invisible, et l’encercle.

Quelle main secourable crèvera le ciel d’une si funeste, si néfaste politique ? Quelles jambes aurait-il pour fuir, quand toute sa vie fait corps avec son lieu, dans la fraternité des arbres et sur le fil de l’horizon changeant ?

Il ne lui reste désormais pour territoire, selon le beau terme de Gilles Clément, qu’un jardin de résistance. Tandis qu’au loin résonnent les coups sourds du chantier de mort et que dans la forêt s’écroulent de grands arbres sains, il ne lui reste pour demeure que la maison-témoin du pouvoir morbide qui s’étend – il lui reste la force et la foi de montrer qu’ainsi, c’est par le même chemin que ce pouvoir morbide lui-même va finir.

 

 

 

 

 

 

 

Présentation d’Eric Meunié

Eric Meunié a animé le collectif L’absolu manifeste entre 1982 et 1988 aux éditions Clancier Guénaud à Paris. À titre personnel, il a publié aux éditions POL deux romans, chez Créaphis un Mythe moderne et un Tombeau photographique, aux éditions Exilssa Poésie Complète (numérique). Il fut Missionnaire Stendhal au pays de Malcolm de Chazal en 1994, Résident au CIPM en 2002…

L’absolu manifeste (comme le Bout des Bordes plus récemment) s’est établi en Normandie en 1992, site et mouvement dont Catherine Langumier est désormais la porte-parole.

 

 

 

 

 

 

http://www.cipmarseille.com/publication_fiche.php?id=d59226f99f66b3386a96a0c6282c4484

http://en.calameo.com/read/0000173246283f392f215

 

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LES LIMITES DE LA PROPRIETE - sphère barbelée - Catherine Langumier (1997)

 

 

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