Châtaignes, par Eric Chevillard

Publié le par L'AME



Pylones-malades-6647.jpg       photographie Yves Pommeron 


Dans ce ciel, nos ondes mauvaises partaient en fusées, en étoiles filantes, en feux d’artifices ; dans ces prairies, nous brûlions l’électricité qui raidit nos muscles et torture nos nerfs, nous déchargions la tension de nos vies fébriles, nous crachions nos foudres, nos éclairs, nos chats hérissés – y viendrons-nous à présent récolter des châtaignes ?
 
Une autre question me trouble, une inquiétude, en imaginant le ciel tendu de ces câbles mortels : où pratiquerons-nous la lévitation désormais ?
 
Une dame aussi belle que notre hôtesse et qui connaît comme elle les secrets de la nature s’invite dans le grenier de l’une des bâtisses. Elle y dort, elle y régurgite la pelote d’os de son dîner de sorcière. Elle se trouve bien de ce régime. C’est la dame blanche, la chouette effraie dont les effectifs sont en constante baisse et qui ne sort qu’au crépuscule, quand la pénombre s’avance. Son œil riche en bâtonnets rétiniens est en effet infiniment plus sensible que le nôtre à la lumière : le jour l’aveugle ; mais la nuit, elle distingue depuis sa branche un mulot naissant sous une feuille de trèfle. C’est donc bien aimable d’avoir pensé à elle, mais franchement, non, elle ne veut surtout pas l’électricité.


Publié dans pages

Commenter cet article