Samedi 10 novembre 2007
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L'Absolu ManifestE (L.A.M.E.), est à l'origine un collectif poétique né dans les années 1980, à l'initiative d'un lecteur passionné de Malcolm de
Chazal : Eric Meunié, qui rallia divers artistes et écrivains : Jean-Luc Parant, Michel Camus, Jean Carteret, Jean-Louis Giovannoni, André Pieyre de Mandiargues, Catherine Langumier... Autant
dire qu'à défaut de foi, je suis née dans l'A.M.E : j'avais 9 ans, et Eric Meunié était mon père adoptif.
A lui seul, le nom de l'association me donnait enfin les mots pour le dire. L'Absolu ManifestE, ce raccourci hégélien, avec son bel acronyme, résumait une
conversation ébauchée trois ans plus tôt avec ma mère - à propos de réalités différentes pour chacun, de l'incompréhensible distorsion des perceptions d'une personne à l'autre, et de l'intuition
d'un réel plus grand - plus grand que ma mère, plus grand que mes éducateurs, plus grand que moi.
Peu importe que, du haut de mes petites années et de mon goût immodéré pour les Histoires comme ça et Les enquêtes d'Alice, je sois passée
complètement à côté de La phénoménologie de la jouissance sexuelle, des Paraphrases hérétiques ou du Jeu de Loi de l'A.M.E (publiés dans la revue entre 1983 et
1988)...
Car à lui seul, l'écrin de la revue, sa devise, m'était un précepte pour la vie ; absolu manifeste, alpha et oméga de ma quête, ces mots
m’inventèrent un lignage, une famille.
Dix ans après sa première publication, l'Absolu ManifestE a changé de dimension. Quittant la banlieue parisienne, ses protagonistes investirent une ferme normande à
l'abandon. Ainsi, ils mirent en œuvre le sens premier de la poésie : ils créèrent dans ces ruines, un lieu de mémoire et de partage, où depuis lors séjournent chaque année des visiteurs
venus de tous horizons, artistes ou non, qui éprouvent le besoin, le désir, de cultiver quelque bourgeon atrophié par la vie sans âme, d’y trouver sève ou racine...
Désormais, on peut y apprendre la relaxation, pratiquer des cultures potagères ou plasticiennes, échanger des créations culinaires comme textuelles, et tout
simplement laisser se déposer en soi le fil des jours en partageant avec les hôtes de St-Maur-des-Bois.
Bien sûr, ce n'est pas facile de rentrer de l'Autre monde. « Poisseux, précaire... », comme Bardamu, on retrouve ce fil des jours « comme on l'a
laissé traîner par ici, il vous attend. » Mais on le reprend d'une main bien différente, verte du verbe et du grand air.
D’abord blason, l'Absolu ManifestE, est devenu, comme pour maintes autres personnes, mon domaine. En cette terre éloignée, foyer possible d'une tribu mouvante, je continue de me manifester, afin de ne pas me perdre absolument. Car je sens qu'il y sera toujours
possible d'y être soi, et que le sens de cette présence là-bas sera de se diriger au plus près d'autres. J'en tire ma force ici.
Or voici l'A.M.E. menacée dans son incarnation...
Les mots me manquent pour dire ce que j'encours, ce que je crois que nous encourons tous dans un tel péril - puisqu'à mon sens l'A.M.E. a pour vocation de s'ouvrir à chacun selon sa
demande.
Merci de nous ouvrir la vôtre, en nous témoignant que vous partagez notre objectif et que vous refusez de croire qu’une telle entreprise puisse être menacée par
l’arbitraire expéditif d’un tracé consumériste.