Attention ! Si vous ne renoncez pas à votre funeste projet, nous n’hésiterons pas à lâcher sur vous nos lucioles et nos vers luisants.
Ce n’est pas si grave, après tout. Nous allons nous reconvertir et louer désormais notre amphithéâtre aux sectes qui cherchent un lieu où
organiser leurs suicides collectifs. Assis sur les gradins, leurs membres attendront la mort, qui sera lente et douloureuse comme il est convenable pour expier une vie de
péchés.
Oui, sachons décidément voir le bon côté des choses. Sur la portée de ces lignes noires, nous écrirons nos plus beaux requiem, et des marches funèbres bouleversantes pour les enterrements de nos
voisins.
la bergère de
granit Catherine
Langumier - Land-Art
Un creux de terre verte, bordée d’une rivière vive où le ciel enfonce son coin acéré. Une terre en pente qui dévale, mottes moelleuses sous les talons où l’on peine à rester
debout bousculés par la lune qui déboule sous les jambes à nous faire rouler cul par-dessus tête. C’est sur cette terre à la gite que ma soeur avait jeté l’ancre il y a presque vingt ans. Un vrai
chien Pipo en ciré jaune qui quittait la tempête pour la maison de Caroline. Un jeu de poupée découpée dans du carton dont on troquait à l’envie les tenues de papier : bonnet, mitaine, drap de
laine. On avait tous eu froid à Saint Maur et se disait que c’était ça une terre pentue accrochée dans un temps d’avant le confort, où l’on comprenait que Rousseau avait eu trop chaud au visage
et trop froid au dos. On venait s’asseoir au foyer, boire un verre de vin et on y cardait son étoupe mentale, filant sa laine intime et enroulant sur ses mains ouvertes un bel écheveau de fils.
Quantité d’écheveaux colorés et intangibles de fils rénovés. Sale ironie qu’une ligne bassement tendue soit la troisième Parque de ce bel ouvrage de dame.
Salut à toi dame Catherine, la renoueuse de Normandie.
par L'AME
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Témoignages
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photographie Yves Pommeron
Dans ce ciel, nos ondes mauvaises partaient en fusées, en étoiles filantes, en feux d’artifices ; dans ces prairies, nous brûlions l’électricité qui raidit
nos muscles et torture nos nerfs, nous déchargions la tension de nos vies fébriles, nous crachions nos foudres, nos éclairs, nos chats hérissés – y viendrons-nous à présent récolter des châtaignes ?
Une autre question me trouble, une inquiétude, en imaginant le ciel tendu de ces câbles
mortels : où pratiquerons-nous la lévitation désormais ?
Une dame aussi belle que notre hôtesse et qui connaît comme elle les secrets de la nature
s’invite dans le grenier de l’une des bâtisses. Elle y dort, elle y régurgite la pelote d’os de son dîner de sorcière. Elle se trouve bien de ce régime. C’est la dame blanche, la chouette effraie
dont les effectifs sont en constante baisse et qui ne sort qu’au crépuscule, quand la pénombre s’avance. Son œil riche en bâtonnets rétiniens est en effet infiniment plus sensible que le nôtre à
la lumière : le jour l’aveugle ; mais la nuit, elle distingue depuis sa branche un mulot naissant sous une feuille de trèfle. C’est donc bien aimable d’avoir pensé à elle, mais
franchement, non, elle ne veut surtout pas l’électricité.
Dimanche 11 novembre 2007
J’ai eu vent de l’intrusion
de lignes à très haute tension.
La nouvelle m’a fait l’effet d’un électrochoc.
Dans ce lieu préservé des mauvais traitements de la ville
On prend le pouls du monde
une main tenant le petit arrosoir, un bulbe de printemps.
Des idées circulent. Le courant passe.
Ironie du sort, on voudrait
au nom de l’intérêt collectif ravager ce jardin.
La folie consiste à éluder la question du risque.
Mais nous sommes conscients des nuisances électromagnétiques
émises par ces balafres dans le paysage,
leur impact toxique sur la biodiversité.
Il fut un temps où l’AME creusait tranquillement
son sillon dans les champs alentour.
Aujourd’hui, la menace des ondes plane sur le chant des oiseaux.
Je ne veux pas croire ce temps de l’harmonie révolu.
Photographie Yves Pommeron
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